Un homme, un pays, une vision

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Via Flickr, licence CC

 

Hier soir, Des Paroles et Des Actes a consacré sa dernière émission à Jean-Luc Mélenchon.

Conflit autour de la Loi Travail, conception de la laïcité, Union Européenne, difficultés des PME et artisans, écologie, agriculture, lutte contre le communautarisme, les thèmes abordés furent riches et Jean-Luc Mélenchon sut y apporter une vision claire et cohérente. Plus qu’un simple programme, c’est une projet de société qui a été porté ce soir. Sans invectives, sans haine, mais avec passion et convictions.

Un climat social « explosif »

Ce genre d’exercice a ses figures imposées, à commencer, compte tenu du contexte social, par une invitation à peine pressante de Mr Pujadas à prendre parti pour ou contre les mobilisations. La position de JL Mélenchon est très claire: nous sommes dans une démocratie : la révolution se veut citoyenne et se concrétisera par les urnes. Quant à la mobilisation, le droit de grève est un acquis social difficilement contestable. Les manifestations et grèves  sont une réponse légale et légitime à un autoritarisme de la part du gouvernement. Lycéens, étudiants, ouvriers de la pétrochimie, des transports et j’en passe, tous ces citoyens ne prennent personne en otage mais manifestent leur désaccord qui est partagé par 70% des français. Il faut stopper les violences qui montent de toutes parts. Nous ne sommes en aucun cas la caution de groupuscules se revendiquant de gauche, et qui trouvent en cet endroit un prétexte à une violence inacceptable. Nous ne sommes pas pour la violence mais pour le rassemblement. Si le rapport de force est souhaitable pour faire retirer cette loi, il convient toutefois de cesser la surenchère qui nous conduit à des morts, des gamins éborgnés, des voitures de policiers saccagées puis brulées…  Sortons de cette crise par le haut.

Loi Travail : Non à la précarisation des salariés

Il serait caricatural d’opposer les travailleurs aux patrons. Si la précarisation du salarié permise par la Loi Travail est une aubaine pour les grandes entreprises et multinationales, ce que demandent avant tout les patrons de PME/TPE et artisans c’est de la sécurité. Car eux aussi rencontrent des difficultés. A l’image de cet artisan boulanger salariant 17 employés et exprimant ses craintes. Le licenciement est déjà possible, il est impensable de créer un Code du travail par entreprise, comme le permet l’article 2 de la loi El Khomri avec l’inversion de la hiérarchie des normes. Notons que ce même article est le sujet de toutes les crispations y compris au sein de la majorité (voir l’article du monde ici). Les artisans et patrons de PME/TPE rencontrent des difficultés qu’il ne faut pas ignorer, les solutions que nous apporterons ne se feront pas au prix d’une précarisation des salariés.

La malheureuse construction Européenne…

Nous ne sommes plus au lendemain de l’implosion du bloc communiste, source de nouvel ordre mondial et de toutes les incertitudes. Les 24 années qui nous séparent du référendum de Maastricht nous ont offert le spectacle désolant de cette Union Européenne qui ne permet toujours pas l’harmonisation sociale et fiscale, qui pose le problème des travailleurs détachés, et qui nous enracine dans le dogme de la concurrence soit disant libre et non faussée au nom duquel est interdit tout type de protectionnisme. S’il était permis de se tromper en 1992, le constat actuel ne le permet plus. Et JL Mélenchon, comme beaucoup d’autres hommes politiques a commis cette erreur d’appeler à voter Oui à Maastricht… Il y a 24 ans… La suite de son engagement parle pour lui : militant pour une renégociation des traités, partisan du Non en 2005 lors du référendum sur la Constitution européenne, farouche opposant à la ratification du traité de Lisbonne signé par N. Sarkozy au mépris de la souveraineté populaire, et laissé en l’état par le président Hollande qui avait pourtant promis de renégocier les traités… Ce même engagement qui conduit JL Mélenchon à quitter le parti socialiste en 2008, grand parti devenu à présent complètement acquis au dogme du libéralisme le plus sauvage.

… nous impose de faire des choix

La construction européenne pose de réelles questions et impose de devoir faire des choix idéologiques. C’est tout le fond du débat qui opposa Mr Mélenchon et Emmanuelle Cosse, ancienne secrétaire nationale d’EELV (désormais exclue du parti) et actuelle ministre du logement du gouvernement Valls. Quelle Europe souhaitons nous ? Mme la ministre fait le choix d’une union plus forte dans laquelle se dissoudrait peu à peu les nations. Défendant la thèse fédéraliste, elle pense que si l’UE ne fonctionne pas, il faut plus d’UE et moins de nation. Ce n’est pas la conviction de JL M. La priorité est de renégocier les traités. Nous devons bien comprendre ces traités comme un cadre fondateur qui est aujourd’hui totalement en faveur d’un marché irraisonné et nous expose à une économie mondialisée où l’on trouvera toujours un pays qui produira moins cher. Renégocier les traités, c’est penser qu’une autre Europe est possible. C’est aussi permettre de mettre un place un véritable protectionnisme solidaire (le thème est développé dans l’ère du peuple, dernier ouvrage de JL M). La politique c’est avant tout des rapports de force, et si la France qui est le second pays de l’union est incapable de faire entendre raison à Berlin (nous n’en savons rien puisque qu’aucun président n’a essayé de renégocier quoi que ce soit…), il faudra en tirer toutes les conséquences qui s’imposent. Quelle autre alternative ?

Changer nos modes de production et de consommation

Mettre en œuvre un protectionnisme solidaire, c’est aussi prendre en compte les enjeux écologiques en plus des enjeux sociaux. Il n’aura échappé à personne que la crise climatique qui a déjà commencée nous impose d’être réactif et de changer radicalement notre rapport au monde en tenant compte de l’intérêt général humain. Nos modes de consommation et de production doivent changer. Il serait irresponsable de continuer à produire n’importe comment sans tenir compte des enjeux écologiques, c’est toute la critique à opposer à la politique de l’offre menée par François Hollande. Allouer des crédits d’impôts sans s’accorder le moindre droit de regard sur ce qui est produit est irresponsable en plus d’être un gaspillage de l’argent du contribuable. La question s’incarne parfaitement dans le problème rencontré par l’agriculture. Epuisement des sols, concurrence insoutenable, problème de la condition animale, mal-être des agriculteurs, il faut en finir avec l’agriculture productiviste. Un agriculteur qui se suicide tous les deux jours, ça n’est pas le tableau idyllique que certains voudraient nous dépeindre, ceci doit cesser. Et le monde paysan change déjà de lui-même ! Nous devons impulser une nouvelle façon de produire qui, en plus d’aller dans le sens de l’intérêt général humain, permettra à nos agriculteurs de produire mieux et de vivre décemment de leur travail. Nous avons besoin de bras, 300000 emplois en perspective !

UE, Extrême droite, question des réfugiés…

Le phénomène de la montée de l’extrême-droite en Europe est explicable même s’il n’en demeure pas moins désolant. En période de crise, dans cette même Europe décrite précédemment où les personnes se sentent fragilisées et menacées, la tentation du repli nationaliste et de la xénophobie est explicable. L’histoire nous l’a enseigné. Voici ce que produit cette Europe telle qu’elle est en l’état : un repli sur soi. Inquiétudes identitaires auxquelles s’ajoute la question des réfugiés de guerre. Car si notre pays doit donner l’asile aux réfugiés politiques fuyant la guerre, nous ne pouvons à l’évidence pas décemment accueillir des millions de réfugiés. Alors comment procéder ? Accueillir des millions de malheureux, casser le droit du travail et transformer ces réfugiés en autant de futurs travailleurs précaires ? Il y a 9 millions de pauvres en France, souvenons-nous en. Nous pourrions aussi poursuivre cette initiative de Mme Merkel qui consiste à acheter la Turquie à coup de milliards d’euros pour que cette dernière se débrouille avec « ses » syriens et irakiens, ceci en faisant fi du rôle plus qu’ambigu joué par la Turquie sur le plan régional. Le bon sens nous dicte une idée bien plus simple, faisons en sorte que ces pauvres migrants ne soient pas contraints de fuir un pays en ruine, sans espoir et ravagé par la guerre. Il faut stopper ce conflit ! Le message est clair : nous ne pouvons plus tolérer ces guerres qui se font pour le fric, oléoducs et pipelines, sur fond de tension régionales ethnico-communautaires. La Syrie et l’Irak sont aujourd’hui devenu le terrain où se disputent puissances régionales et impériales. Le prix à payer est la destruction de pays autrefois souverains, le sang versé, la fuite de millions d’être humain vers l’inconnu et le danger, enfants à la main.

République et laïcité

Ce repli identitaire décrit plus haut nous pose la question de la nation française. Contrairement aux conceptions d’extrême droite, JL M ne définit pas la nation pas la race, la religion ou la couleur de peau. Notre conception de la nation est politique : elle s’incarne dans notre devise républicaine LIBERTE EGALITE FRATERNITE. Et dans cette espace républicain, nous devons imposer une laïcité intraitable. Revenir à l’essence de la loi 1905 : une séparation totale de l’Eglise et de l’Etat tout en affirmant la liberté de chacun de pratiquer le culte qu’il souhaite. La laïcité doit cesser d’être un outil de stigmatisation des musulmans. Notre ennemi à tous, c’est le communautarisme. Et tous les communautarismes. Les expériences étrangères doivent nous éclairer, les bonnes comme les mauvaises. Afin de le combattre, l’Etat doit jouer son rôle et garantir un niveau fort de service publique, car là où il est défaillant s’engouffrent des organisations religieuses communautaires aux visées bien souvent politiques (l’exemple des frères musulmans égyptiens ou tunisiens est une illustration de ce phénomène). La République doit avant tout construire des citoyens, l’écriture d’une nouvelle constitution après convocation d’une assemblée constituante permettra au peuple de se réapproprier sa souveraineté.

La candidature : une proposition

Très loin d’avoir traité tous les sujets qu’il souhaitait, JL Mélenchon est tout de même parvenu à imposer un souffle et une vision pour notre pays. Sa candidature, que certains interprètent comme un acte de mégalomanie, est une proposition. Une candidature conjointe avec le Parti Communiste n’a pour l’instant pas pu avoir lieu. Le désaccord n’est pas entre les personnes, ni entre les égos, mais se fonde sur une divergence de stratégie. Nous refusons une primaire avec des candidats dit de gauche qui sont à des années lumières de notre vision de la société. Cette candidature n’exclut personne, bien au contraire elle transcende les partis. Sortons de cette vieille façon de faire de la politique qui consiste par exemple à devoir se prononcer sur une éventuelle présence de Marine Le Pen au second tour face à un éventuel candidat-président qui n’est pour le moment d’ailleurs « que » Président…  Cette façon de faire de la politique use les citoyens. Jean-Luc Mélenchon n’est pas seul, des collaborateurs de qualité sont à ses côtés ; nous ne sommes pas seuls, 105000 citoyens rebaptisés pour l’occasion insoumis sont déjà mobilisés derrière cette candidature.

Rejoignez-nous !

Yohan Saynac

 

Pour aller plus loin :

Procurez-vous l’ère du peuple en librairie (3 euros)

Le programme 2012 du Front de Gauche

18 Thèses pour l’écosocialisme

 

Prochaines actions nationales :

Défilé du 5 juin : la France insoumise

 

 

 

 

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